Kingdom Of Heaven un film de Ridley Scott
Kingdom Of Heaven un film de Ridley Scott
Kingdom of Heaven (2005) de Ridley Scott : Un épopée historique controversée
Réalisé par Ridley Scott, maître incontesté du cinéma épique et visuel – signataire de chefs-d'œuvre comme Les Duellistes (1977), Alien (1979) et Blade Runner (1982) –, Kingdom of Heaven est un film sorti en 2005 qui plonge le spectateur dans les tumultes des Croisades à la fin du XIIe siècle. Servi par une mise en scène picturale somptueuse, un sens aigu des déplacements de troupes, des combats d'une violence réaliste et un cadre acéré, le long-métrage impressionne par sa force esthétique et sa reconstitution historique ambitieuse.
L’intrigue, une aventure typique du cinéma de Ridley Scott
L'histoire suit Balian (Orlando Bloom), un forgeron français accablé par le suicide de son épouse après la mort de leur enfant. En 1184, il reçoit la visite de Godefroy d'Ibelin (Liam Neeson), un baron croisé qui se révèle être son père biologique et l'invite à le suivre à Jérusalem. Balian refuse initialement, mais après avoir tué son demi-frère, un prêtre cupide responsable de la décapitation post-mortem de son épouse (punition pour suicide), il fuit et rejoint les croisés.
En route, Godefroy est mortellement blessé et, avant de mourir à Messine, adoube Balian et lui transmet le titre de baron d'Ibelin. Naufragé en Terre Sainte, Balian épargne un serviteur sarrasin nommé Imad, qui le conduit à Jérusalem. Là, il rencontre le roi Baudouin IV (Edward Norton), lépreux et affaibli, qui lui confie la défense de son domaine et la protection des pèlerins, quelle que soit leur foi.
Opposé au fanatisme, Balian s'affronte aux bellicistes comme Guy de Lusignan (Marton Csokas) et Renaud de Châtillon (Brendan Gleeson), alliés aux Templiers dans le film. Il entretient une liaison avec la princesse Sibylle (Eva Green), sœur du roi. Les provocations de Renaud déclenchent l'intervention de Saladin (Ghassan Massoud). Balian défend Kerak, est capturé puis libéré…
Fidélité historique et libertés prises
Si certains éléments sont ancrés dans l'Histoire – Baudouin IV était bien lépreux et a maintenu le royaume face à Saladin ; Balian d'Ibelin a dirigé la défense de Jérusalem en 1187 ; Guy de Lusignan a succédé à Baudouin dans des conditions conflictuelles –, le film prend de larges libertés.
Balian n'était pas un forgeron français fils illégitime, mais un noble légitime né en Terre Sainte. Il n'a eu aucune liaison avec Sibylle, fidèle épouse de Guy. Ni Guy ni Renaud n'étaient templiers ; le film les associe à l'Ordre pour créer un camp de « méchants » plus uni et fanatique. Saladin est idéalisé : magnanime, il épargne tous les habitants et respecte les symboles chrétiens, alors qu'historiquement il fit exécuter les Templiers et Hospitaliers capturés.
Le contexte des Croisades est simplifié : lancées pour contrer l'expansion islamique et protéger l'accès aux lieux saints après la prise de Jérusalem par les Seljoukides en 1078, elles sont ici présentées comme une agression chrétienne contre un Islam pacifique.
Une vision controversée du christianisme et des Croisades
Au-delà de l'épopée, Kingdom of Heaven a suscité de vives critiques pour son traitement idéologique. Le christianisme médiéval y apparaît comme un outil de pouvoir manipulé par un clergé cupide, couard et hypocrite : un prêtre et décapite la femme suicidée de Balian, lui vole sa croix; l'évêque de Jérusalem conseille la fuite ou la conversion à l'Islam ; les Templiers sont des fanatiques meurtriers criant « Dieu le veut » pour justifier massacres et provocations.
À l'inverse, l'Islam est dépeint comme tolérant et défensif, incarné par un Saladin chevaleresque et un entourage modéré. Balian, héros athée et relativiste (anachronisme flagrant), prône un « royaume de conscience » où la religion importe peu, seule compte la paix entre les religions et les être humains.
Cette inversion des rôles – Occident agresseur, Islam victime – omet le contexte géopolitique : conquêtes islamiques rapides au Moyen-Orient, Afrique du Nord et Europe ; fermeture des lieux saints aux pèlerins chrétiens. Des dialogues renforcent ce biais : un prédicateur promet le paradis pour tuer des infidèles ; Balian accuse les chrétiens d'avoir offensé les musulmans en prenant Jérusalem.
Le Moyen Âge européen est caricaturé comme une ère de répression et pauvreté, contredisant les travaux historiques récents (Georges Duby, Jacques Le Goff, Jean Sévilla...) qui soulignent vitalité culturelle et économique.
Conclusion
Kingdom of Heaven reste une œuvre visuellement belle, portée par une distribution solide et des scènes de bataille mémorables. Ridley Scott excelle dans la reconstitution d'un monde en conflit, offrant une réflexion sur la guerre, l'honneur et la tolérance. Mais son parti pris idéologique – dépeignant un christianisme obscurantiste face à un Islam idéalisé – en fait un film contesté, accusé de falsifier l'Histoire au service d'un relativisme contemporain et d'une critique anticléricale patente.
Vouloir promouvoir le dialogue interreligieux est louable, mais réécrire le passé en accusant systématiquement l'Occident chrétien risque de nourrir une mauvaise conscience stérile plutôt qu'une compréhension des Croisades qui menaient des chevaliers libérer la Terre Sainte.
Jacques Déniel
Kingdom Of Heaven un film de Ridley Scott
États-Unis – 2005 – 2h50 -VOSTF
Réalisation: Ridley Scott
Scénario : William Monahan
Image : John Mathieson
Musique : Harry Gregson-Williams
Producteur(s) : Ridley Scott
Interprétation : Orlando Bloom (Balian), Liam Neeson (Godefroi), Jeremy Irons (Tiberias), Edward Norton (Baudouin IV), Ghassan Massoud (Saladin), Marton Czokas (Guy de Lusignan), Eva Green (Sybille), Brendan Gleeson (Renaud de Châtillon)