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Twin Peaks : Fire Walk with Me de David Lynch

Twin Peaks : Fire Walk with Me de David Lynch

Un chef-d’œuvre flamboyant

Un préquel audacieux aux origines du mal

Twin Peaks : Fire Walk with Me (1992), sixième film de David Lynch, est un préquel à la série Twin Peaks où le cinéaste revient sur les sept derniers jours de Laura Palmer avant qu’elle ne soit assassinée.

Les obsessions lynchiennes à leur apogée

C’est un film qui, comme Eraserhead (1977), Elephant Man (1980), Blue Velvet (1986), Lost Highway (1997) ou Mulholland Drive (2001), développe avec un talent inouï toutes les obsessions mentales de David Lynch – la figure du monstre, la face cachée de l’Amérique, la force des rêves et la peur des cauchemars, la folie mentale, les dérèglements de l’esprit et du corps sous l’emprise de la drogue, la fascination pour l’univers du sexe et du rock’n’roll – ainsi que ses principes novateurs, implacables et inventifs de mise en scène totale : direction d’acteurs, cadres et lumières, enregistrements et montages sonores et musicaux hyper maîtrisés.

Une œuvre flamboyante qui emporte le spectateur

Œuvre flamboyante, météore brûlant, Twin Peaks : Fire Walk with Me emporte l’adhésion des spectateurs – tant le cinéaste s’adresse à chacun de nous, réunis dans un groupe partageant la vision du même objet mental : son film.

Une ouverture parodique qui bascule dans l’étrangeté

L’ouverture du film, parodie réjouissante d’un thriller où nous suivons les investigations d’inspecteurs du FBI (Federal Bureau of Investigation) perspicaces et étranges, nous entraîne sur ce qui semble une fausse piste qui s’interrompt dès notre arrivée à Twin Peaks, ville imaginaire située dans le nord-ouest de l’État de Washington. Dès lors, nous plongeons dans une fiction mentale qui nous fait décoller et planer très haut.

Le film revient sur l’origine des tourments intimes qui frappent la ville de Twin Peaks et Laura Palmer (Sheryl Lee, actrice étincelante et fascinante, absolument impeccable) : une surface radieuse gangrénée par la pourriture et le Mal.

Plongée dans la psyché fragmentée de Laura Palmer

Il s’agit pour David Lynch d’investir la psyché d’un personnage assailli par une peur souterraine et inavouable, et d’utiliser le puzzle narratif moins pour égarer la clé de l’énigme que pour refléter l’énigme d’une personnalité aussi fragmentée que le monde qui l’habite. La question qui concerne ici Laura Palmer est, de ce fait, la même que celle qui concernait Dorothy Vallens (Isabella Rossellini) dans Blue Velvet ou qui concernera Betty Elms / Diane Selwyn (Naomi Watts) dans Mulholland Drive : que se passe-t-il dans la tête et le corps d’une femme ? Dans Lost Highway, cette question se posera à un homme, Fred Madison (Bill Pullman).

Un film dérangeant qui brise les règles narratives

Investissant pour la première fois un territoire où les questions comptent plus que les réponses, et où la folie, les peurs et la drogue tendent à tout déséquilibrer mentalement – Laura Palmer, son père, plusieurs habitants de la petite cité et peut-être le monde –, David Lynch signe son film le plus dérangeant. Il décide de ne plus suivre les règles de la narration traditionnelle pour nous conter un récit où la splendeur plastique (les couleurs vives – rouges, bleues, jaunes, vertes – et sombres – noirs, bruns – dominent), la discursivité de la narration, le montage son et image, la direction des acteurs tous excellents, la beauté opératique de la musique d’Angelo Badalamenti (travaillée par des mélodies de jazz cool, du rock nerveux et angoissant, le soap opera et sa mise en scène ample et fulgurante nous emportent dans un monde d’étrangeté et de pulsions.

L’innocence perdue et les masques de la débauche

Laura Palmer, jeune fille équilibrée, cache une adolescente débauchée ; le bon père de famille cache un violeur incestueux ; la quête du grand amour se mue en une attirance irrépressible pour le sexe facile ; les jeunes filles prostituées cachent en elles un désir de protection (d’où l’apparition des « anges ») ; et même un tableau soi-disant protecteur ouvre ici une porte inquiétante sur la vérité de l’âme. Twin Peaks : Fire Walk with Me est un grand film sur l’innocence et la pureté opposés à la perte et à la débauche sexuelle et morale. Le film fait donc de Laura Palmer son épicentre et sonde le mystère de ce qui se passe dans sa tête.

Les paradis artificiels et la fureur des pulsions

C’est aussi une œuvre sombre sur les multiples paradis artificiels de ce monde (culte du paraître, substances illicites, excès de sexe, puissance et folie du mythe du rock et de la cocaïne…) qui culmine dans la séquence démentielle de la boîte de nuit, où les ravages des pulsions malsaines se déchaînent aux sons d’une musique où le feu intérieur et les désordres de la conscience et de l’âme brûlent tout.

Jacques Déniel

Twin Peaks : Fire Walk with Me

Etats-Unis – 1992 – 2h35 -- VOSTF

Scénario : David Lynch, Robert Engels

Image : Ron García Son : David Lynch

Musique : Angelo Badalamenti, David Lync

Interprétation : Sheryl Lee (Laura Palmer), Chris Isaak (agent Chester Desmond), Ray Wise (Leland Palmer), Kyle MacLachlan (agent Dale Copper), Moira Kelly (Donna Hayward), David Lynch (agent Gordon Cole), Frank Silva (Bob), Harry Dean Stanton (Carl Rodd), David Bowie (Phillip Jeffries)...

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