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Le Mépris un film de Jean-Luc Godard

Le Mépris un film de Jean-Luc Godard

Un chef-d’œuvre éternel.

 

Le contexte de la réalisation

Entre son premier succès, À bout de souffle (1960), et l’année 1963, Jean-Luc Godard tourne cinq films, dont Une femme est une femme (1961) et Vivre sa vie avec Anna Karina. Il rêve alors de réaliser son grand film hollywoodien. Adapté de l’excellent roman éponyme de l’écrivain italien Alberto Moravia, Le Mépris (1963) est finalement tourné dans les studios de Cinecittà à Rome. Pour raconter l’histoire d’un film qui se fait et d’un couple qui se défait, Jean-Luc Godard fait appel à Michel Piccoli – formidable dans le rôle d’un scénariste en crise contraint de travailler sur un film pour couvrir ses dettes – et à Brigitte Bardot dans le rôle d’une épouse qui l’aime mais qui va s’éloigner irrémédiablement de lui.

Brigitte Bardot, icône au cœur du tournage

Fasciné par Brigitte Bardot, icône populaire, Jean-Luc Godard – qui n’a jamais caché son admiration pour les stars de renommée mondiale (il tournera des années plus tard avec Mick Jagger, Alain Delon, Johnny Hallyday et Gérard Depardieu) – entretient une relation très cordiale avec la star. Dès le début du tournage, les paparazzi italiens se ruent sur le plateau, grimpent sur les murs ou les balcons qui entourent Cinecittà pour voler des instantanés de Brigitte Bardot, femme la plus célèbre et photographiée de l’époque. Lorsque l’équipe se rend sur l’île de Capri, au large de Naples, pour une semaine de tournage dans la superbe villa Malaparte qui domine la mer, tous les journalistes et photographes de presse suivent le mouvement, se cachant dans les rochers des falaises qui bordent ce cadre sublime, quasi irréel – où seront tournées les images les plus connues et les plus belles du film.

L’intrigue : la naissance du mépris

L’écrivain français de romans policiers Paul Javal (Michel Piccoli, impeccable) est à Rome avec sa jeune et très belle épouse Camille (Brigitte Bardot, sublime). Il est appelé par le redoutable producteur américain Jerry Prokosch (Jack Palance) pour venir à Cinecittà réécrire le scénario d’une adaptation de L’Odyssée d’Homère, mise en scène par le célèbre cinéaste allemand Fritz Lang. Lorsque le producteur invite le jeune couple à venir prendre un verre chez lui, il propose à Camille de monter avec lui dans son Alfa Romeo rouge. Paul doit prendre un taxi. C’est le moment capital du film, celui où le mépris de Camille pour Paul va naître. Encouragée par Paul, Camille monte dans la voiture de Prokosch qui démarre lentement, puis soudainement roule en trombe. Camille souhaitait aller en taxi avec Paul, elle le lui avait signifié. Mais lui, lâche et veule, la laisse monter avec Prokosch par intérêt – obtenir son contrat de scénariste –, laissant sa femme comme proie au désir du producteur.

Les thèmes multiples du film

Le sujet du film est triple : faire un film avec et sur Brigitte Bardot, montrer comment un film dirigé par le prestigieux cinéaste allemand Fritz Lang se fait difficilement dans la contradiction et la douleur, filmer la décomposition lente et rapide, inexorable et violente d’un couple qui s’aimait – Paul et Camille. Il s’agit pour le cinéaste d’explorer et de comprendre ce qui s’est passé au sein du couple, pendant la fraction de seconde où, entre deux plans, de la méprise, Camille est passée au mépris à l’égard de son mari. Durant le séjour, Paul a le tort de laisser le riche producteur seul avec Camille, encourageant cette dernière à demeurer avec lui alors qu’intimidée, elle préférerait rester près de lui. Jean-Luc Godard filme la naissance de l’homme moderne failli, faible – ancêtre de l’homme déconstruit –, incapable de comprendre et de protéger sa jeune épouse.

Brigitte Bardot, actrice et mythe

Le Mépris est le film de Bardot actrice, star et femme jeune, belle, libre et insolente par excellence. Jean-Luc Godard a parfaitement compris ce que représente Brigitte Bardot et il fait le film de la femme telle qu’il se l’imagine et la conçoit, et surtout telle que Bardot l’incarne. Bien plus que Et Dieu… créa la femme (1956) de Roger Vadim ou La Vérité (1960) d’Henri-Georges Clouzot, Le Mépris est le film qui installe définitivement le phénomène et le mythe de B.B. et le scelle. L’entente est parfaite et profonde entre l’actrice et son metteur en scène, qui réussissent à faire en harmonie une œuvre tragique et moderne.

Un tournant dans l’histoire du cinéma

En 1963, cela fait quelques années que, aux quatre coins du monde, de jeunes cinéastes s’éloignent et se libèrent des règles narratives classiques hollywoodiennes. Une conception du monde semble voler en éclats. Le classicisme, héritier de la philosophie et de la littérature classiques, propose une représentation du monde ordonnée selon des principes moraux basés sur les concepts de bien, de mal et de vérité. Le cinéma moderne, en revanche, est le monde de la révolte et du chaos, où la perte de repères laisse les personnages perdus dans un monde devenu indéchiffrable.

Une œuvre somptueuse et rigoureuse

Le Mépris est un film somptueux, rigoureusement inventif et novateur. Jean-Luc Godard utilise tous les moyens que le cinéma lui offre pour montrer avec précision quelque chose qui échapperait sans cela à notre échelle de perception : cette fraction de seconde où, entre deux plans, Camille passe de la méprise au mépris, et où la fin de son amour pour Paul devient inéluctable. Godard nous donne à voir cette tragédie mise en scène avec rigueur, servie par la photographie en Cinémascope aux couleurs vives de Raoul Coutard et la superbe musique dramatique de Georges Delerue, un chef d’œuvre éternel.

Jacques Déniel

 

Le Mépris

France/Italie – 1963

Scénario : Jean-Luc Godard, d’après le roman Le Mépris d’Alberto Moravia

Image : Raoul Coutard

Musique : Georges Delerue

Interprétation : Brigitte Bardot (Camille Javal), Michel Piccoli (Paul Javal), Fritz Lang (Fritz Lang), Jack Palance (Jeremy Prokosch), Giorgia Moll (Francesca Vanini)

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