The Card Counter un film de Paul Schrader

The Card Counter un film de Paul Schrader
The Card Counter est Inexorablement un récit glaçant filmé avec sobriété et ascèse. Un film froid, rigoureux, envoutant, fascinant, effrayant et répulsif nous contant l'histoire de William Tell, un militaire sortant de prison après une condamnation pour maltraitance sur des prisonniers à Abou Ghraib magistralement interprété par l'impeccable comédien Oscar Isaac au regard magnétique et glaçant.
Il à appris à jouer pendant son séjour sous les verrous au poker et autres jeux de cartes. Mentaliste, il compte les cartes avec une froideur et une maitrise redoutable. Il fréquente les casinos, fuyant son passé criminel, coupable et inacceptable qui le hante. Il rencontre Cirk (Tye Sheridan convaincant dans son jeu mêlant obsession et fadeur), un jeune homme assez falot et instable qui est possédé par l’idée de se venger du Major John Gordo (extraordinaire Willem Dafoe en agent du Mal) qui a conduit son père - marqué par les mauvais traitements et tortures que le major lui à demandé d'infliger à des prisonniers -, au suicide.
Sous l'aile amicale et intéressée de La Linda ( Tiffany Haddish, excellente), alors qu'il prépare un tournoi décisif de poker, Tell décide de prendre Cirk sous sa protection, bien décidé à le détourner des chemins de la violence et du mal.
Superbement éclairé et cadré par le chef-opérateur Alexander Dynan, la mise en scène de Paul Schrader est implacable, rêche, sèche, froide et dure. D'une beauté plastique austère et glaciale, le film nous mène sur les chemins du Mal (effrayantes scènes de prison de Abou Ghraib) et de la barbarie. Captivé par l'inquiétante étrangeté de William Tell et effrayé par son obstination farouche, nous sommes conduits, emportés par le film vers un territoire de l'horreur indicible, le domaine du Diable probablement.
Bien que The Card Counter soit d'une grande force cinématographique, je suis très gêné par le fait que le cinéaste ne donne malheureusement, quasi aucune chance à son personnage principal qui reste figé et introverti, inéluctablement marqué par son passé traumatique. La faute, le pêché, le Mal, le ronge même lorsqu'il ouvre son cœur et tente de changer le destin du jeune Cirk et de sauver son âme. William Tell ne sait pas ou plus aimer, sa raideur, son rigorisme et la folie furieuse de son expérience vécue le condamne à la vengeance. Indéniablement marqué par son éducation calviniste radicale, le cinéaste n'arrive pas à donner à son héros assez d’amour et de charité afin de trouver enfin le chemin de la rédemption. La fin du film malgré son évidente référence à Pickpocket de Robert Bresson (1) ne laisse pas beaucoup d'espérance à William Tell.
Jacques Déniel
(1) Oh Jeanne pour aller jusqu'à toi, quel drôle de chemin il m'a fallu prendre dit Michel le pickpocket du film à Jeanne, trouvant enfin la rédemption
The Card Counter un film de Paul Schrader - États-Unis – 2021 – 1h52 – V.O.S.T.F.
Interprétation : Oscar Isaac (William Tell), Tye Sheridan (Cirk), Willem Dafoe (John Gordo), Tiffany Haddish (La Linda), Joel Michaely (Ronnie)...