Sorcerer (Le Convoi de la peur) Un film de William Friedkin.

Sorcerer (Le Convoi de la peur)
Un film de William Friedkin.
William Friedkin est un immense cinéaste, un auteur à part entière. Il a réalisé 20 longs métrages de cinéma tous passionnants ainsi que des documentaires et des films pour la télévision. Il vient de mourir à l'âge de 87 ans ce lundi 7 août 2023 à Los Angeles.
Explorateur de l'âme humaine aux frontières du bien et du mal, William Friedkin est une figure de la génération du nouvel Hollywood dans les années-soixante-dix aux côtés de Brian De Palma, Francis Ford Coppola et Martin Scorsese...
Il met en scène Les Garçons de la bande (The Boys in the Band) (1970 ), French Connection (The French Connection) (1971), L'Exorciste (The Exorcist) (1973), Le Convoi de la peur (Sorcerer) (1977), La Chasse (Cruising) (1980), Police Fédérale Los-Angeles (To Live and Die in L.A.) (1985) et Bug (2011) des films d'une force et d'une beauté sans pareilles.
En juillet 2015, assez tardivement, à l’occasion de sa ressortie, j’ai vu pour la première fois Le Convoi de la peur, une découverte considérable d'un film qui est pour moi le plus beau De Friedkin. Un chef-d’œuvre ! Les conditions du tournage furent difficiles voire dantesques.
En 1975, William Fridekin vient de réaliser ses deux films les plus connus, French Connection et L'Exorciste (un triomphe public mondial). Il se sent comme un roi à Hollywood. Il décide d’adapter Le Salaire de la peur, roman de Georges Arnaud dont il existe une version ratée et grotesque de Henri-Georges Clouzot
Le film conte l'histoire de quatre criminels se retrouvent coincés en Amérique du Sud et dont le seul espoir de s'en sortir est d'accepter pour une grosse somme d'argent de transporter deux camions pleins de nitroglycérine à travers la jungle.
Friedkin va connaitre des conditions de tournage infernales comme Apocalypse Now de Coppola: changement de casting, guerre civile, maladies, démissions... . Il en fait un récit détaillé plein de vitalité dans ses mémoires, The Friedkin connection ( publiées en France Collection Points/ éditions de la Martinière).
Sorcerer est un film très ambitieux, plastiquement beau voire magique (les deux traversées du pont sont des moments de pure bravoure) et la structure circulaire de son scénario est métaphysique. Impossible d'échapper à son destin, la moindre faute commise sera payée. Le plan de la mort de Victor Manzon et le plan final du film sont bouleversants sur la terrible fatalité du destin. La musique du film signé par le groupe de musique allemand Tangerine Dream est à la fois envoûtante et angoissante.
Des premiers plans à ceux tragiques de la fin, Sorcerer est un régal pour les yeux en raison de la beauté de sa mise en scène, de la force de la composition des plans et des mouvements de caméra, de la lumière somptueuse et ténébreuse. William Friedkin atteint les sommets de son cinéma et nous mène dans un voyage au bout de l’enfer d'une redoutable efficacité. Il utilise avec brio les zooms, panoramiques, utilisation des focales courtes ou longues, contre-plongées, plans subjectifs, servant les moments calmes comme les plus tendus ou chaotiques du film. Cinéaste, très attentif au son, il dirige un sonore exemplaire. Sifflement de balles violences des impacts et des explosions. La beauté et l'âpreté de la nature est superbement traitée par les images et par les sons est souvent agressive.
Jacques Déniel
Sorcerer Le Convoi de la peur
États-Unis – 1978 – 2h01 – V.O.S.T.F.
Réalisation : William Friedkin
Scénario : Walon Green
d'après : le roman Le Salaire de la peur de : Georges Arnaud
Image : Dick Bush, John M. Stephens
Montage : Bud S. Smith, Robert K. Lambert
Musique : Tangerine Dream
Interprétation : Roy Scheider (Jackie Scanlon/Dominguez), Bruno Cremer (Victor Manzon/Serrano), Francisco Rabal (Nilo), Hamidou Benmassaoud dit Amidou (Kassem/Martinez), Ramon Bieri (Corlette), Joe Spinell (Spider)...