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  •  Ma Frère un film de Lise Akoka et Romane Guéret

    Ma Frère, un film de Lise Akoka et Romane Guéret

    Une colonie de vacances sous contrôle bien-pensant

    Après le succès d’estime de leur série Arte Tu préfères ? (2020) et de leur premier long-métrage Les Pires (2022, environ 53 000 entrées en France), tourné dans la cité Picasso de Boulogne-sur-Mer, Lise Akoka et Romane Guéret – deux jeunes réalisatrices françaises appartenant à la bonne et gentille famille du cinéma national – reviennent avec Ma Frère, sorti en salles le 7 janvier 2026 avec 229 copies (720 séances en France, ce qui fait une moyenne de 9 spectateurs par séance). Le film prolonge l’univers de la série en suivant Shaï et Djeneba, deux amies d’enfance d’une vingtaine d’années, issues du quartier de la Place des Fêtes à Paris. Recrutées comme animatrices, elles encadrent un groupe d’enfants du même quartier lors d’une colonie de vacances dans la Drôme.

    Un titre confus et complaisant

    Le titre incompréhensible Ma Frère m’a intrigué d’emblée. Il joue sur l’usage courant chez les jeunes (y compris entre filles) du mot « frère » pour désigner un ami proche, avec une touche inclusive qui annonce la tonalité du film. Le scénario, malin du point de vue idéologique, a pour projet de plaire au plus grand nombre : au jeune public adolescent et adulescent, au regard bienveillant des plus âgés et à la bénédiction de la presse. Il semble louable : offrir un bol d’air estival à des enfants de quartiers populaires, loin des tours, et filmer leur découverte du collectif, de la nature et des premiers émois.

    Pourtant, dès les premières minutes, le spectateur non initié au parler des cités peut se sentir perdu. Le langage, très fleuri, argotique et un brin vulgaire, manque de lisibilité : quelques sous-titres n’auraient pas été de trop pour saisir pleinement les dialogues. Cette barrière linguistique et la tristesse d’entendre notre belle langue française peu respectée renforcent un sentiment de distance.

    L’enthousiasme critique

    La presse est dithyrambique. Les critiques saluent une chronique estivale vivifiante, pleine d’énergie communicative, attentive aux corps, aux voix et aux liens qui se tissent. Elle loue à raison la justesse de la direction d’acteurs : les deux réalisatrices possèdent un réel talent dans ce domaine. Fanta Kebe et Shirel Nataf en têtes d’affiche, interprétant avec une énergie débordante les rôles de Djeneba et Shaï, Amel Bent est impeccable en directrice de colonie, sans oublier les jeunes talents comme Zakaria-Tayeb Lazab ou Yuming Hey.

    Un film à thèses

    Malheureusement, ce film comédie plus inclusive et plus populaire est souvent comparé à tort à Nos jours heureux (2006), une véritable réussite d’Éric Toledano et Olivier Nakache. Derrière son apparente fraîcheur se dessine un projet plus balisé. France Inter résume bien l’ambition : Le film aborde avec élégance et humour des sujets encore perçus comme tabous chez les enfants : la transidentité, le consentement, le rapport à la famille, le vivre-ensemble… À cela s’ajoutent la sororité, un moniteur du genre binaire, les crises d’une monitrice bipolaire, la découverte d’un camp de nudistes, la visite d’un musée de la déportation et la rencontre avec un rescapé de la Shoah. Une accumulation qui finit par donner l’impression d’une liste de thèmes à traiter afin de cocher toutes les cases sociétales et humanitaires.

    Ennui, pathos et chantage à l’émotion

    On s’ennuie pourtant beaucoup pendant le film qui oscille constamment entre rire, grossièretés, chantage à l’émotion, lourdeur et pathos. Cette fiction qui se voulait une critique des carcans bourgeois et un hommage à la langue des banlieues semble garder ses personnages sous contrôle, les brider par un regard surplombant. La magnifique chanson Mon Enfance de Barbara, reprise deux fois dans le film, sonne faux et sert surtout, sous la bannière d’un vivre-ensemble artificiel, à émouvoir les spectateurs, à les faire s’émerveiller lorsqu’une petite fille noire reprend maladroitement ce titre de Barbara en karaoké au camping.

    Rien à voir, hélas, avec les jolies colonies de vacances immortalisées par Pierre Perret. Autrefois parenthèse magique permettant d’ouvrir l’horizon, de vivre des premiers émois, de se construire dans le collectif, la colo devient ici un espace où l’on semble surtout déconstruire, questionner, sensibiliser. Les enfants, au lieu de simplement grandir dans l’insouciance estivale, paraissent souvent instrumentalisés pour porter des discours contemporains bien-pensants.

    Jacques Déniel

     

    Ma Frère

    France – 1 h 52

    Réalisatrices : Lise Akoka et Romane Guéret

    Scénario : Lise Akoka, Romane Guéret et Catherine Paillé

    Interprètes : Shirel Nataf, Fanta Kebe, Amel Bent, Zakaria-Tayeb Lazab, Yuming Hey...

    Sortie en salles de cinéma le 7 janvier 2026